Ma réponse : "Ah non !"
Le doc : "Pourquoi ? Vous ne vous en sentez pas capable ?"
Moi : "Non, j'aime pas ça ! Je me suis toujours arrangée pour repasser le moins possible, même avant la maladie..."
Soupir du médecin qui se retourne l'air hagard vers les autres patients du groupe (nous étions une dizaine). Comme tout le monde était plutôt d'accord avec moi, qu'on pouvait très bien vivre avec des draps froissés et réserver notre énergie à des choses plus intéressantes, il s'est énervé !
"Je prends cette exemple pour vous dire que vous pouvez faire plus de choses que vous ne croyez ! Il suffit de séquencer les tâches..."

J'en rigole encore dans sa volonté de donner un message optimiste qui se révélait sexiste (femmes = repassage) et à côté de la plaque... Nous avions lors du tour de table, expliquer notre désespoir face à la complexité des tâches administratives et de défendre nos droits face aux administrations et au travail, et le médecin de sexe masculin nous donne une leçon de repassage...
Pour les maniaques, je vous explique tout de même la technique :
1-je prépare mon linge à repasser et ma table à repasser
2-je fais une pause et bois un verre d'eau, je respire...
3-je peux repasser assise si je préfère à la position debout, je cherche à trouver une position confortable. Je mets ma chemise sur la table à repasser et le fer à chauffer
4-je fais une pause et bois un verre d'eau, je respire...
5-je commence à repasser, dès que je suis fatiguée, j'arrête
6-je fais une pause et bois un verre d'eau, je respire...
7-je me remet à repasser, dès que je suis fatiguée ou trop douloureuse, j'arrête
8-je fais une pause et bois un verre d'eau, je respire...
etc...
Au bout de 4h, si vous étiez en forme ce jour là, votre chemise sera repassée... Le lendemain, si ça va bien, vous pourrez en repasser une seconde ! Nous qui demandions des solutions concrètes pour gérer notre douleur et assumer nos tâches de la journée, nous étions servies ! Nous pouvions passer notre semaine à repasser les chemises de nos chers maris...
De plus, si nous tentions de débattre sur le sujet, la psy (seconde intervenante de la réunion) nous hurlait dessus comme quoi il fallait arrêter de penser à notre douleur... "Même sans y penser, j'ai mal et il faut mieux l'accepter selon moi, que de vouloir la renier et culpabiliser de ne pas y arriver !"
Autant dire, qu'elle n'a pas apprécié ma remarque...
Mais maintenant, vous savez tout ! Vous pourrez enfin être heureuse et épanouie et guérir de la fibromyalgie grâce à cette leçon de repassage. MERCI DOCTEUR !
Je tiens à préciser que cette réunion n'a pas eu lieu dans le cadre de mon suivi régulier au CETD qui m'apporte beaucoup, mais dans le cadre d'un protocole de recherche sur le traitement de la fibromyalgie auquel j'ai accepté de participer. Je suis dans le groupe témoin, donc rien d'extraordinaire à vous apprendre...
La preuve !
Vu le déroulement de la réunion, je n'étais pas étonnée qu'une personne du groupe ai abandonné le protocole...
Hier je suis allée à une consultation de suivi et ils étaient quelque peu gênés, bien qu’intéressés par ma franchise sur cette réunion ! Ils m'ont dit que c'était important d'avoir ce genre de retour et m'ont posés des questions... Certains hésitent, ont peur de froisser ces "grands médecins", moi je n'hésite pas !
Ça me défoule et cela fait avancer au final le schmilblick car si tout le monde dit "Tout va bien, je vais bien", il y a peu de chances que les choses évoluent...
Là encore, mieux vaut en rire et vive la science !









